Paysage sous tension

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Hautes-Alpes, à la lisière du parc des Écrins, de grandes étendues forestières, surplombant le lac de Serre-Ponçon, traversées par le GR 50. En retournant sur ces lieux pour découvrir l’avancée des travaux THT lancés par le RTE (réseau de transport d’électricité), j’ai perdu mes repères : béances, arbres fauchés, pistes défoncées sans ordre apparent, tranchées jonchées de débris végétaux…

« Destruction et transformation, j’ai voulu saisir ce passage… »

Ce qui m’a avant tout interpellé est l’impact de décisions humaines sur un paysage qui se trouve modifié en profondeur, offrant au regard de nouvelles représentations. Paysage parfois désolé, labouré, en transition. Destruction et transformation, j’ai voulu saisir ce passage, ce moment où l’on ne voit que l’action humaine en cours, la disparition de ce qui était, pour un résultat imaginé et pour l’instant invisible.

Le réseau électrique qui parcourt les Hautes-Alpes a été installé dès 1936, avec la constrcuction d’une ligne de 150000 volts entre la vallée de la Haute-Maurienne et Gap. Cette ligne, vétuste, fonctionne encore mais a été renforcée par une ligne haute-tension connectée au barrage de Serre-Ponçon, achevé en 1961.
Ce réseau ne correspondrait plus aux besoin actuels et le RTE, entreprise publique responsable des réseaux de très haute tension, a planifié un chantier titanesque, lancé officiellement en avril 2015.
Un budget de 230 millions d’euros pour deux lignes aériennes de 225000 volts, à-travers monts et forêts, chantier ardu en raison de la géographie du territoire.

Les territoires traversés par ces nouvelles lignes sont perchés à plus de 1600 mètres d’altitude et certains d’entre eux ont le label Natura 2000 ou adhèrent au Parc National des Écrins.
Une partie des communes concernées et surtout deux associations citoyennes dénoncent des travaux présentés comme «un sacrifice fait d’énormément de déforestation», et évoquent «des lieux d’accueil pour le tourisme qui vont se retrouver déclassés». La déforestation et les rayons électro-magnétiques apparaissent comme autant de dangers pour l’écosystème.
Une des solutions avancées pour réduire l’impact négatif de ce nouveau réseau est l’enfouissement des lignes, le long des routes nationales, en fond de vallée. Cette proposition, qui entraînerait un surcoût de 130 millions d’euros, est écartée par le RTE.

Des enjeux complexes avec des acteurs aux objectifs différents et aux forces inégales. David contre Goliath. On aperçoit ça et là des banderoles appelant à l’arrêt du chantier, on peut voir des affiches du collectif NO THT collées sur des panneaux.
La forêt est cependant déjà en chantier, le territoire change une nouvelle fois. Un «cheval de fer» contemporain, qui intrigue et inquiète, à l’heure où les préoccupations écologiques prennent le pas sur un progrès technique qui n’a plus le même éclat.